vendredi 3 octobre 2008
Ça, c'est fait !
Après 4 heures à courrir dans tous les sens de guichet en guichet au terminal de bus de Buenos Aires, et une demi-douzaine, ou plutot, une double douzaine d'appels téléphoniques en province, au Chili et au Pérou pour obtenir des informations et les recouper et faire le tri de ce qu'on me dit pour me vendre un billet de bus, et de ce qui est vrai... j'ai enfin réussi à planifier mon retour.
La bonne nouvelle, déjà, c'est que vendredi dernier, alors que je discutais de mon retour avec une amie sur MSN, elle m'a tout simplement proposé de me prêter les sous pour les billets de bus retour (c'est déjà elle qui garde les affaires que j'ai laissé en Colombie, et elle m'avait déjà proposé de m'héberger à mon retour). La nuit porte conseil : le lendemain j'ai accepté sa proposition.
Et puis voilà. Je ferai une halte de deux jours et une nuit à Tucuman où je vais rendre visite à une amie, Ana, rencontrée lors de mon premier voyage en Argentine : alors que j'étais perdue dans le désert de l'Alti Plano à la recherche de la Laguna Pozuelos, elle m'avait pris en sotp, hébergé chez elle, trouvé les informations pour aller à la Lagune (dans cette région absolument pas touristique), puis nous nous étions revues chez elle à Tucuman.
Je pars donc lundi 6/10, en train, à 10h30, pour mon plus grand bonheur : 24h de train de Buenos Aires à Tucuman. Le plaisir de voyager en train. Et surtout 210 pesos d'économies car le voyage en train coûte 40 pesos au lieu de 250 en bus. Puis mercredi 8/10 dans l'après-midi il faut que je rejoigne Salta (5h de bus) avant 20h30, car là bas, un gentil monsieur a accepté de me réserver une place dans un bus du lendemain pour le Chili, par email et sans que je paye en avance : 250 pesos, 23 heures de voyage, de Salta (Argentine) à Arica (frontière Chileno-péruvienne). Jeudi 9/10 matin 7h je pars donc pour le Chili. J'y arrive le vendredi 10/10 matin à 6h. De là je traverse la frontière pour Tacna (Pérou) oú je vais passer la nuit, avant de repartir le lendemain, samedi 11/10 en fin d'après-midi pour Lima (billet que je n'ai pu ni acheter ni réserver, mais au téléphone, différentes sources m'ont confirmés qu'ils y avait plusieurs compagnies qui faisaient le voyage, avec de nombreux départs, et tous les jours). Je pourrai aussi, en arrivant à Arica (Chile), traverser tout de suite la frontière, et enchaîner direct vers Lima, mais encore faudra-t-il que le bus Salta-Arica soit à l'heure... Quien sabe ! Arrivée prévue à Lima, dimanche 12/10 à la mi-journée. Une nuit à Lima (ou deux, si j'ai enchaîné direct a Arica-Tacna), avant de repartir pour Cali (Colombie), en traversant sans s'arrêter l'Équateur (72h de voyage à priori). Billet qui m'a coûté cher (467 pesos argentins) et dont j'ai cru à un moment que j'allais regretter de l'avoir acheté (pas de remboursement possible) parce que je n'arrivais pas à combiner les correspondances précédentes pour arriver à Lima en temps et en heure. Arrivée prévue à Cali le 15/10, à Pereira le 15/10 au soir ou le 16/10 au matin, selon le retard du bus Lima-Cali. Total 160 heures de bus prévues, en 9 ou 10 jours, avec une halte de une nuit entre chaque trajet, pour laisser de la marge aux bus sud-américains qui sont souvent en retard. Pour les retards de bus, j'ai fait au plus large. Reste plus qu'à souhaiter que je n'ai pas de problème aux frontières (je vais en traverser quatrre), que les bus ne tombent pas en panne au milieu d'un désert ou en passaant une cordillère, et que leur route ne croise aucun "hold-up" !!! Saint Christophe, soit avec moi comme tu l'a toujours été !
Samedi soir, petite soirée de despedida ici chez Lili, avec Méli, Léo, et Pauli (mon unique élève), et aussi Isa, Diego et Moises (les pensionnaires de Lili). Je vais faire des tartes. Boire mes dernières bières argentines avant un moment, et essayer de ne pas pleurer.
Hier je suis allée à La Plata avec Léo. Il voulait absolument me présenter un ami peintre à lui, dont un des tableaux, qui s'appelle Las bailarinas (les danseuses), lui aurait fait pensé à mon idée de film, La Esquina... Je n'ai pas trop vu la relation... mais il m'a promis de m'expliquer un jour. L'ami en question peint des choses interessantes, certaines m'ont plues, mais le personnage en soi, bof : il s'est tellement drogué toute la soirée qu'il a rapidement été impossible de discuter avec lui. On s'est retrouvés invités à un asado tupiquement argentin : un régal, chez des amis de Léo. On est partis de là à 2h du matin en taxi pour le terminal de bus, le bus à 2h45, plus 1h de trajet a Buenos Aires, puis 45 minutes à attendre le bus 111 qui me ramenait du centre à la maison de Lili, plus 10 cuadras à marcher... je me suis couchée à 6h du matin avec la bière qui coulait encore à flot dans mes veines... mais tout va bien.
Aujourd'hui j'ai pu parler avec Lili (ce midi) et avec Méli (cet après-midi) de mon départ, de mon séjour à Buenos Aires... J'ai pu essayer de les libérer de la culpabilité qu'elles ressentent chacune à leur manière de ne pas avoir été beaucoup là avec moi, trop absorbées par leurs difficultés actuelles. C'est leur impression mais moi je n'attendais rien et je considère qu'elles ont beaucoup fait pour moi en m'hébergeant ainsi : je me suis en quelque sorte réfugiée chez elle alors que j'étais sans sous. J'ai pu leur dire que je leur suis infiniment reconnaissante de tout ce qu'elles ont fait pour moi, que je comprenais très bien ce qu'elles vivent, et que nous nous retrouverions certainement prochainement dans de meilleures circonstances... que je reviendrai, pour de vraies vacances, et passer du temps avec elle, quand les choses iront mieux pour elle (ce qui peut être très bientôt parce qu'en un mois passé ici elles ont trouvé des dizaines de solutions à leurs problèmes et les choses sont en train de s'arranger à la vitesse grand V). C'était nécessaire car le dimanche précédent quand j'ai annoncé mon départ à Méli elle s'est complètement fermée et n'a rien dit, le regard fixe dans le vide, elle s'est mise à griffoner sur un papier.
Léo je lui ai annoncé lundi soir, et il a regretté aussi de ne pas m'avoir vu plus souvent pendant le mois et demi que j'ai passé ici (3 fois en tout et pour tout)... et il a décidé de m'emmener à La Plata (sa ville natale, dont il adore l'organisation urbaine et architecturale ultra rationnelle, et que je déteste) pour me présenter son ami Manu, et son tableau des danseuses.
Demain donc, despedida. Dimanche je ne sais pas. Je n'ai fait presque aucune photo de Buenos Aires. Il pleut de nouveau. J'ai juste hâte de passer à autre chose, d'affronter le réel qui m'attend à Pereira.
Voili, voilou !
vendredi 26 septembre 2008
Buenos Aires : The End !
Voilà deux semaines que je vis sur un petit nuage de rêves et d’illusions, que je plane complètement dans mon monde intérieur, mais bon, la réalité, elle nous rattrappe toujours, et en ce moment elle est plus que présente. Ça ne va plus du tout. Enfin, je veux dire, matériellement, parce que sinon je pète la forme, physiquement. C'est juste que moralement cela commence à m'atteindre.
Si cela ne tenait qu'à moi je serais de retour à Pereira demain. Ça y est : j’en ai marre d’être à Buenos Aires à ne rien foutre. Je ne trouve pas de travail et plus j'avance plus la situation se bloque (la question des papiers ça pose vraiment un problème ici). Plus je cherche plus les portes se ferment. J'en ai marre. J'abandonne la lutte.
Je ne supporte plus cette ville immense et indomptable. J’ai l’impression de revivre Montréal : ce doit être les climat tempérés qui ne me vont pas, les cultures oú les gens s’enferment dans leurs maisons l’hiver et n’en sortent pas. J'en ai marre de l'Argentine. Je ne me sens pas bien. Les gens sont froids et dépressifs, malgré les températures qui remontent et le soleil qui revient (ici c’est le printemps).
Ils se plaigent de tout, ils ne font rien. Ils n’ont plus une lueur d’espoir en eux : ils ne croient en rien, ont été abusés par tous les systèmes, et s’enferment chex eux à cause du démon de l’insécurité. « Tous des voleurs », disent-ils d’eux-même. Et quand aux gouvernements : dictature militaire ou système libéral, tous des corrompus. Ils ont pas tort, objectivement, mais la pensée positive n’est pas arrivée ici... Je ne supporte plus leur inertie, et la mienne, je ne supporte plus d'être ici. Cela commence à me tirer vers le bas. J'étais dix fois, voir mille fois mieux en Colombie.
Il faut que je parte. Comment ? Je ne sais pas. Je pensais rentrer en stop. Buenos Aires-Bogota : 7000kms, par la panaméricaine. En bus il me faudrait 260€ pour les billets. Je ne les ai pas. Si je ne les trouve pas vite je ferais du stop, ou je marcherai. J'ai pensé à vendre mes photos, mais il faudrait que je trouve un moyen de les vendre en euros. Cela me raporterait plus et plus vite que dans n'importe quelle monnaie sud américaine. Ici le pouvoir d'achat n'est pas suffisant, et j'ai pas envie de faire la pute dans les beaux quartiers. J'en suis incapable. Ici ou ailleurs. En plus les gens sont telleemnt méfiants... Et 300€ c'est pas la mort quand même. Je ne sais pas...
Affectivement, psychologiquement, spirituellement, ces dernières semaines, j'ai vécu des choses très belles, j'ai beaucoup appris, je me sens plutôt bien, il y a du changement en moi, cela me libère, me fait du bien. Mais je me sens prise au piège ici, physiquement, matériellement. Il faut que je parte, vite.
Imaginez-vous que j'ai déjà presque fait mon sac. J'ai trié mes affaires et fais deux tas : l'indispensable pour le chemin du retour en stop (presque rien), et l'inutile, que je pense renvoyer par colis en Colombie, si je pars effectivement en stop. C'est déjà un premier pas ! Un peu comme si je préparais déjà mon départ.
Voilà, ça va pas fort, mais ça va. Ça ira mieux quand j'aurai repris la route, et ce sera comme je veux quand je serai à Pereira. Enfin. Certains se diront peut être en lisant tou ça que j’idéalise la Colombie et que je serais déçue quand j’y reviendrai, mais j’y ai bien réfléchie et je ne crois pas. D’abord je ne retourne pas à la même situation : je ne serais pas prof a temps plein dans un lycée français, et je ne pense pas redevenir prof de ma vie, pas comme salariée et à temps plein à passer mes week-ends à corriger des copies. Ensuite je ne me suis jamais sentie aussi bien que dans ce pays. Avant d’en partir j’ai fait une liste de deux pages de ce que je voulais y faire, et je crois qu’il va me falloir quelques années pour cocher tous les points de cette liste... Je n’ai pas vraiment d’idée de mon retour, pas d’attente spéciale : juste tout à construire. Je vais prendre le temps d’écrire, de travailler mes photos,... Vivre libre : je passe au niveau suivant !
Voili, voilou.
mardi 23 septembre 2008
Buenos Aires : 1 mois, et c'est le printemps !
Un mois et toujours rien. Toujours des coups de fils d'employeurs pour me dire de les rappeller quand j'aurai un visa de travail, que mon profil les intérese (il faut dire que j'avais fait pas loin de 80 candidatures par internet). Toujours une seule élève, et qui a annullé deux fois son cours la semaine dernière (le bouche à oreille et les petites annoces visiblement, cela ne marche pas). Toujours cette inertie de la routine qui me colle au lit jusqu'à pas d'heure, puis à regarder des séries débiles à la télé avec Liliana tout l'après-midi, puis a discuter avec certains sur internet le soir...
Heureusement j'ai un peu de sous : je mange plein de légumes, je fais des tartes, des pâtes à toutes les sauces (surtout de légumes), des omelettes avec les restes... Je donne des coups de main à Lili : pour faire des courses, ranger ses archives (accumulées en 30 ans de mariage et de carrière d'architecte), faire le ménage (sa principale activité pour oublier ses préoccupations : ses dettes...). Bref. Rien.
Du côté des objectifs, ils évoluent légèrement. Plus question pour moi de faire de vieux os ici. Juste ce qu'il faudra pour trouver une solution pour retourner en Colombie. J'ai calculé combien coûtait le trajet Buenos Aires - Pereira en bus : environ 1.200 pesos argentins (= 360$US = 245€ = 740.000 pesos colombiens), juste pour les billets de bus. Je ne sais pas comment je peux faire pour réunir cet argent avec les difficultés que j'ai à trouver du travail ici. Et ce que j'ai récupérer comme argent récemment, même utilisé entièrement n'aurait pas suffit, sans compter que maintenant il m'en reste à peu près la moitié : je devrais pouvoir tenir encore deux semaines avec cette somme ici. Bref. Cela ne me stresse pas plus que ça. Je ne sais pas comment je fais, mais je m'en fous presque. Zen.
Du côté climat en plus il y a du changement et cela fait du bien : les températures n'oscile plus entre 8 et 15, mais entre 12 et 20ºC. Dimanche, le premier jour du printemps austral a été couvert, mais depuis hier c'est grand soleil.
Et depuis maintenant un peu plus de dix jours j'ai trouvé un moyen magique de m'extraire spirituellement de cette réalité matérielle... un pur bonheur !
Voili, voilou.
mardi 16 septembre 2008
Nouveautés.
Ces jours-ci j'ai découvert les nouveautés de canalblog, qui n'en sont pas en fait, mais que je n'avais jamais pris la peine d'étudier. Alors depuis quelques temps que je tague mes articles, et hier j'ai affiché le réseau de tags dans la colonne de droite qui vous permettra de faire des recherches par theme sur mon blog.
Mais la grande nouveauté c'est la Newsletter. J'ai activé l'option Newsletter du blog, alors si désormais vous voulez avoir des nouvelles de mes publications sur mon blog, il faut s'inscrire à la Newsletter. En effet, de ces mails que je vous conconcte artisanalement depuis ma boîte email (pour vous inviter à lire les nouvelles publications), il n'y en aura plus, ou du moins, il y en aura moins.
S'abonner à la Newsletter de mon blog est définitivement un acte volontaire, libre et significatif de l'intérêt que vous lui portez (à mon blog). Si vous ne m'avez jamais demandé de vous supprimer de la liste de mailing que j'utilise pour envoyer ces mails, vous prendrez la peine d'aller sur mon blog en un clic pour vous abonner...
Voili, voilou.
Ouf ! Je respire...
Depuis hier, fin d'après-midi, je suis temporairement riche. Alléluia ! Enfin.... riche, c'est relatif... en Argentine, et pour le moment. Ça ne va pas durer non plus. En fait j'ai enfin récupéré des sous que me devait le lycée où je travaillais en Colombie suite à la production du court métrage qu'on a fait avec les élèves. J'ai donc retiré des sous, fais des courses, et même acheté un pot de Nutella pour soigner mon cœur.
En effet, je plane complètement depuis trois jours. Physiquement j'ai un rhume des foins qui m'a empêche de dormir cette nuit... Je me suis endormie à 5h du matin, et je me suis mouchée toute la nuit. Ah moins que ce soit la pleine lune, ou le fait de planer autant depuis quelques temps... J'ai essayé de me détendre, de méditer. J'avais des questions à poser à mon ange gardien : la nuit porte conseil. Je n'ai pas réussi à calmer mon excitation, et je n'ai pas fermé l'œil de la nuit... j'ai rêvé éveillée, et curieusement je ne me suis pas levée plus tard que d'habitude... même pas fatiguée !
Sinon la question est : que faire maintenant ? Avec cet argent. Comment le gérer ? Rentrer illico en Colombie ? Persévérer ici ? Le cœur et la raison bataillent de nouveau. Dilemme. Si j'arrive à méditer et dormir ce soir, je saurai peut-être demain quoi faire.
Voili, voilou.
To be or not to be a writer.
Marguerite Duras dit que les gens qui ne trouve pas le "moment" pour écrire, cherchent des prétextes pour justifier qu'ils n'écrivent pas, ne sont pas des écrivains... Elle enfonce le clou en ajoutant : quand on a besoin d'écrire, on écrit, n'importe où, n'importe comment... J'espère qu'elle a tort parce que moi j'éprouve une difficulté insurmontable à passer à l'acte (écrire), malgré un besoin irrépréhensible et douloureux de le faire.
Ce qui m'en empêche c'est, je pense, la peur de ne pas aller jusqu'au bout (l'endurance, en terme de "volonté" d'écrire, vu que la volonté pour moi cela n'existe pas), de ne pas être fidèle dans le choix des mots à la conception intérieure et personnelle que j'ai de ce que je veux exprimer (quête de la perfection, de l'essentiel, de l'authenticité... d'absolu, dont je sais pourtant pertinemment qu'il n'existe pas), la crainte d'encore une fois laisser en chantier ce qui est pourtant si vital à exprimer... Peur de l'échec. Ou de la réussite.
En même temps, elle dit aussi (Marguerite) qu'écrire c'est se créer une double vie, dans laquelle on se réfugie. Une vie parallèle qui nous accapare tellement qu'elle est incompatible avec la vie en soi, qu'on ne peut pas faire les deux. Vivre ou écrire, il faut choisir. Elle illustre son propos en prenant l'exemple des gens célèbres, médiatiques : pour elle, ils n'écrivent pas vraiment, car leur vie les occupe trop. Par exemple, pour elle, Sartre n'est pas un écrivain, il n'a pas écrit, il n'a pas pratiqué l'écriture pure.
Ce doit être ça alors mon problème. La vie m'apporte encore trop de satisfaction, et pas assez de frustration, pour que j'éprouve le besoin de me livrer corps et âme dans l'écriture, comme dans une vie par procuration. Quand est-ce que je vais intégrer définitivement que la vie matérielle, tangible, ne vaut pas mieux dans le fond que toutes celles qu'on peut s'inventer ?...
Voili, voilou.
ATTENTION !
Je me fais ces réflexions parce que j'ai vu l'entretien de Bernard Pivot avec Maruerite Duras dans l'émission Apostrophe, entretien enregistré et diffusé à l'occasion de la sortie de son roman L'Amant, et rediffusée sur une chaîne culturelle du cable ici. Les citataions sont sans guillemets car elles sont approximatives : je n'ai pas regardé l'émission le stylo en main, des phrases me sont restées en mémoire, m'ont marqué, ses propos m'ont fait réfléchir, et j'essaye de les retranscrir ici le plus fidèlement possible... Je vous prie de m'excuser d'avance si j'ai trahi la pensée de Marguerite Duras. Possible aussi que je n'ai pas compris tout l'entretien car il est un peu confus : il lui coupe la parole, elle répond à ses questions à retardement, ou pas du tout, soit elle ne l'entend pas, soit elle ne l'écoute pas, mais ils sont en décalage. C'est un entretien très étrange.
lundi 15 septembre 2008
Le Beau est partout...

...tout n'est qu'une question de point de vue !
Photo prise la nuit sur la terrasse de la maison de Lili.
dimanche 14 septembre 2008
Travailleuse clandestine 1h30 par semaine.
Enfin. Toujours pas de sous. Toujours pas de travail. Toujours un peu froid (10ºC). Mais bon. L'air circule dans mes poumons, le sang dans mes veines, je fais un repas par jour : des pâtes ou du riz. Je bois beaucoup de thé pour me donner l'impression d'avaler quelque chose, et pour me réchauffer. Asi es la vida.
Je n'ai pas grand chose d'autre à raconter en fait. Mon humeur est un peu maussade. Je ne fous rien de mes journées. Rien de productif et satisfaisant. Ou pas grand chose. Enfin si, je cherche du travail, je passe des entretiens qui ne servent à rien, j'attends que le ciel me tombe sur la tête.
En fait je me suis renseignée sur les sites du gouvernement argentin. Tous les employeurs que j'ai rencontré (3 en entretien) ou que j'ai eu au téléphone (5 pour me proposer un poste), m'ont tous demandé si j'avais un numéro de "CUIL". C'est un numéro du type registre de Chambre de Commerce qui permet de recevoir des factures pour paiement et de travailler en indépendant. Or pour avoir ce numéro il faut avoir une "carte d'identité" argentine, ou une "carte de séjour", que je n'ai pas, et que je ne pourrais pas avoir, car pour obtenir un visa de résidence (permanente ou temporaire) en Argentine, comme dans la plupart des pays de la planète, il faut soit avoir un contrat de travail dans une entreprise argentine, soit être marié avec un argentin, soit être né dans un autre pays mais de parents argentins, soit vivre en Argentine depuis des années, soit être réfugié politique (quoique, avec Sarko j'aurai peut être des arguments, non ?)... Ce qui n'est pas mon cas. Le serpent qui se mord la queue. Logique. Typique. Même pas étonnant. Normal quoi !
Si les citoyens des pays pauvres galèrent pour travailler et vivre légalement en occident, il n'y a pas de raison que dans l'autre sens ce soit plus facile : personnellement, j'approuve, sur le principe de protection des frontières et du marché de l'emploi (œil pour œil, dent pour dent).
Et même si je trouvais quelqu'un qui accepte de m'embaucher avec contrat de travail et tout et tout, les démarches pour l'obtention d'un visa de travail (qui donne lui à un visa de résidence), se font, comme dans la plupart des pays de la planète, dans un consulat d'Argentine à l'étranger.
Et c'est des démarches du genre : extrait de casier judiciaire vierge récent, extrait d'acte de naissance, passeport, bien sure, et le tout traduit en espagnol, et apostillé... Sinon en plus des frais de traduction et d'apostillation, cela coûte 200 pesos argentins. Voilà.
Autant dire que je n'ai aucune envie de me lancer dans ce genre de galère si c'est pour rester ici deux mois de plus ici, voire moins, si j'arrive à réunir les sous plus tôt. D'ailleurs, je me disais que quand j'aurai récupérer les sous du lycée, je rentrerai bien directement avec cet argent.
Maintenant, les difficultés que je rencontre ici pour travailler légalement me font dire que je devrais peut-être prendre mes devants et m'organiser pour rentrer en Colombie directement avec un visa de travail et de résidence temporaire (c'est-à-dire avec un emploi), alors je vais écrire à l'Alliance Française de Pereira, et on verra ce que ça donne.
En tout cas, cela donne à réfléchir de se retrouver dans la situation d'un travailleur clandestin (ce que je suis quand tous les vendredis je donne 1h30 heures de cours de français par semaine à Paulina, la cousine de Mélina, l'amie qui m'héberge ici) : nous ne sommes définitivement pas libres sur cette planète, et c'est bien dommage. Enfin, tout ça, tout ça.
Dans ces circonstances : il y a les jours avec, et les jours sans. Heureusement il y a les illusions dont on arrive à se convaincre qui nous permettent de garder l'espoir, et parfois même procurent un certain plaisir... réel celui-ci. Les rêves sont parfois si réconfortants, qu'on s'y identifie au point de les vivre, que ce soit par procuration, et la réalité est parfois tellement surréaliste, que la frontière entre le rêve et la réalité est souvent vraiment si mince, confuse, floue... qu'elle n'existerait presque pas.
Sinon du côté des petites additions (enfin, des soustractions devrais-je dire), vendredi matin c'est Liliana qui m'a prêté quelques pesos pour payer le bus et le métro afin que j'aille donner mon cours de français à Pauli chez elle. A la fin du cours elle m'a payée (1h30 = 37,50 pesos).
Cette fois encore (deuxième cours), elle m'a invité à déjeuner avec elle, et on a discuté une bonne heure et demi, en espagnol, de sociologie (elle est sociologue), de cinéma (elle s'intéresse à la sociologie visuelle), de philosophie (Descartes, Sartre, Leibnitz), de linguistique (ser, estar, existir)... bref, le genre d'élève que tout le monde voudrait avoir et qui pourrait bien devenir une amie.
En rentrant j'ai remboursé mes dettes aux pensionnaires (les bières bues dans la semaine, et la soirée pizza qu'on s'était faite le dimanche précédent et pour laquelle l'un d'eux m'avait avancé les sous), j'ai payé la moitié des légumes que Liliana et moi avions convenu d'acheter et de cuisiner ensemble pour le week-end, et il ne me restait déjà plus que 12 pesos. Après avoir acheté 1kg de pates, et 1kg de riz... il me reste exactement 5,35 pesos... que je garde pour prendre le bus et le métro afin d'aller donner mon cours de français vendredi prochain... La semaine va être longue ! J'espère qu'il y aura de bon films à la télé !!!
Voili, voilou.
mercredi 10 septembre 2008
0,05 pesos, qui dit mieux ?
Vous vous souvenez que je vous avais dit qu'il me restait 3,85 pesos et que je les gardais pour aller donner mon cours vendredi prochain ? Eh bien hier j'ai reçu un appel : une offre d'emploi, suite à une candidature que j'ai fais par internet, pour donner des cours de français. L'annonce était en anglais, mais bon.
Ce Monsieur, Georges, me propose donc un entretien d'embauche le lendemain matin. Je ne peux pas ne pas y aller. Ce serait stupide. Mais bon. J'y suis allée, ce matin : comme celle de la semaine dernière, mon profil est excellent mais il garde mon CV sous le coude, pas de besoins en ce moment... Lui par contre il fait des traductions parfois, ce que je préfère au cours particuliers. Bref, cela m'a coûté 3,80 pesos aññer/retour. 0,90 pesos fois deux pour l'aller retour en Subté (métro de Bs As), et 1 pesos fois deux pour aller prendre le Subté, en collectivo (bus urbain de Bs As), car la station est quand même sacrément loin de la maison (plus d'une demi-heure de marche).
Résultat de la soustraction : 0,05 pesos, la plus petite monnaie qui existe en Argentine, et qui en plus est rare (Ironie du sort ?), comme les pièces de 10 centavos, car elles sont détournées du système monétaire pour être fondue, étant donné que leur valeur en métal est supérieure à leur valeur monétaire. Ce qui d'ailleurs provoque des queue et des problèmes aux caisses, des grosses difficultés aux usagers des bus dont les caisses automatiques de paiement des billets ne fonctionnent qu'avec de la monnaie, et des queue interminables dans les endroits oú on vous change vos billets contre de la monnaie.
Cela oblige tout le monde à s'améliorer en calcul mental, car vous n'avez pas l'appoint et que la caisse n'a pas de monnaie il faut ruser pour trouver une façon d'accomplir la transaction monétaire (exemple : le billet de train coûte 0,85 pesos, vous avez des pièces de 0,50 et de 0,25, aucune de 0,50 et de 0,10, le caissier n'a pas de 0,05... vous donnez 1,25 et il vous rend 0,40 en pièces de 0,10 (les pièces de 0,20 n'existent pas))...
Je devrais peut être la faire fondre, cette dernière pièce, et la revendre sous forme de métal, non ? Qu'en pensez-vous ?
Le cours de vendredi, je ne sais pas comment j'irai, vu que la prochaine fois que je gagne de l'argent, c'est en donnant ce cours, vendredi. À chaque jour suffit sa peine.
Voili, voilou.
mardi 9 septembre 2008
Le jour suivant hier.
Aucun changement. J'ai encore fait une dizaine de candidatures
aujourd'hui (prof de langues, traductrice, interprète, guide touristique, call center,...). Il me
reste 3,85 pesos, je les garde pour le bus, pour aller donner mon cours
vendredi prochain. Heureusement j'ai encore assez de pates pour faire un repas par jour. Ensuite il faudra que je me fasse inviter. Toujours une seule élève. Mes annonces n'ont rien
donné. Résultat je reste enfermée ici, à chercher du travail sur
internet, et regarder des séries débiles quand les autres pensionnaires
ont besoin de l'ordi. C'est pas la joie. Je sens la déprime pointer du
nez. Si ce n'est pas déjà fait. En plus j'ai un peu trop le temps de penser ces derniers temps. Et je me sens congelée : imcapable de tout écrire.
Qu'est-ce qui va m'arriver ?
Voili, voilou.
