Non, au contraire, je croule sous le travail. Car en plus de mes 14h de cours hebdomadaires à l'Alliance Française (mes revenus fixes, environ 1.000.000 de pesos par mois, soit 300€), je suis passée de 15h de cours particuliers à presque 23h par semaine, et comme vous l'imaginez, étant donné que mes élèves sont tous au lycée français, c'est-à-dire qu'ils sortent de l'école à 15h30 du lundi au jeudi et à 11h30 le vendredi, eh bien cela veut dire que je n'ai plus de week-end. Plus du tout. Du lundi au jeudi je donne deux heures de cours particuliers par jour, de 16h à 18h, avant d'aller travailler à l'Alliance Française, de 18h30 à 21h. Et les fins de semaines je suis full de cours particuliers : vendredi 12h - 20h30 non stop, samedi 14h - 18h non stop (le matin je suis à l'Alliance Française de 9h à 13h), et le dimanche, 7h - 13h30. Pas mal non ?

Le côté positif c'est que je gagne plein de sous. Je suis passée de 350.000 pesos par semaine à presque 600.000 (182€), dans un pays où le salaire minimum est de 495.000 pesos mensuels (150€), et où il faut bien compter 1.500.000 pesos mensuel pour vivre seul et dignement (460€ pour un loyer entier dans un petit logement, les charges d'eau, électricité, gaz, internet, téléphone, déplacement en bus et pas en taxi, courses...etc...), ce qui n'est même pas mon cas, puisque je vis en collocation et que nous partageons les frais de locations, les charges, l'abonnement à internet, au téléphone, les courses, etc... (budget mensuel commun, environ 450.000 pesos). J'atteins presque en semaine de classe (moins de disponibilité horaire des élèves), le record que j'avais établi en semaine de vacances au mois de mars dernier : 700.000 pesos en une semaine de vacances.

En plus je suis devenue une pro du bus urbain à Pereira : il faut dire qu'il n'y a pas de carte du réseau, pas d'horaires, pas d'indications aux arrêts, juste des noms de quartier sur les bus, en vitrine derrière le pare-brise, que quand le bus passe à toute vitesse, le temps de lire ce qui est écrit, de l'analyser pour vérifier que le bus en question nous convient, et faire un signe de la main pour l'arrêter... généralement il est déjà loin quand on comprend que c'était le bon. Je ne prends plus le taxi (qui pourtant reste un moyen de transport tout à fait accessible et très utilisé à Pereira) que quand je n'ai pas le temps d'attendre un bus pour aller à un endroit, c'est à dire entre deux cours particuliers quand ils ne sont pas dans le même quartier (ce qui est rare) et pour aller d'un cours particuliers qui finit à 18h10 à l'Alliance Française où j'embauche à 18h30 (et à 20 minutes de marche minimum de mon cours d'avant, mais bon, pas envie d'arriver en speed et en sueur au travail).

Sinon eh bien je fais des économies aussi sur le téléphone portable. Il est vrai que j'en ai deux, depuis que je suis revenue à Pereira en octobre, et que ce sont des "prepago" (téléphone à recharger avec une carte, sans abonnement), et la minute est chère, elles défilent vite... mais, j'ai découvert qu'il y a un système qui permet de gagner des minutes, et j'ai divisé par trois mon budget téléphone. Sans compter que je ne téléphone presque plus que pour des raisons professionnelles : les gens qui veulent me parler m'appellent, et ceux à qui je voudrais parler, je n'ai pas le temps de le faire au téléphone (trop de travail), alors tout va bien !

Du coup j'économise, ou plutôt je rembourse mes dettes. Virginie m'avait prêté un million de pesos pour payer mon retour Buenos Aires-Pereira en bus : ce mois-ci je liquide la dette. Guillaume aussi m'avait prêté des sous : c'est réglé. Je vais pouvoir renflouer mon compte en France pour honorer les prélèvements qui y courent toujours. Je vais même pouvoir prendre une semaine de vacances, une vraie, à ne rien faire, ce que je n'ai pas pu depuis la mi-janvier, ce qui se ressent fortement sur mon état de fatigue avancé, physiquement et psychologiquement. Le moral est bon, mais je suis très clairement à bout, à cran, surmenée.

Parce qu'en plus de la routine de mes 14 + 23 heures de cours hebdomadaire, qui à priori sont censées, étant donné leur organisation, me permettre des journées presque libres (du lundi au jeudi jusqu'à 15h30 et le vendredi jusqu'à midi), à faire autre chose (soit-disant, écrire, m'occuper de mes photos pour en faire une expo, et patati et patata...), ou même en profiter pour dormir, faire des grasses matinées, écrire sur mon blog, répondre à mes mails... eh bien non, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de me lancer avec mes élèves de l'Alliance Française dans des projets artistico-culturo-pédagogique pour la semaine de la Francophonie qui a été fêtée à Pereira jeudi 26 mars dernier. Conclusion, j'ai eu pendant un mois, des nuits très courtes, des journées très remplies, à rédiger les projets, monter des budgets, organiser et planifier des tâches, puis organiser chez moi des ateliers pour préparer expositions et spectacles (heures sup = cadeau ! = bénévolat !).

Finalement, le spectacle a eu beaucoup de succès, l'exposition est très réussie, mais bon, je dis ouf! que ce soit enfin terminé. Je respire. Ce week-end je n'ai rien foutu en dehors du travail, et c'est franchement trop bon. Et ce matin j'ai traîné au lit jusqu'à 9h, me voilà qui vous écrit des nouvelles sur mon blog... Hier soir je me suis même connectée à MSN pour discuter avec des amis, chose que je ne faisais que très rarement (juste avec la famille de temps en temps), et ouaw... ça fait vraiment du bien.

Voili, voilou.