Hébé... il s'en est fallu de peu pour que je craque. Et quand je dis craquer, je ne veux pas dire abandonner : car je suis INCAPABLE d'abandonner, quoi que ce soit, qui que ce soit, mais bien de péter les plombs complètement, à en devenir littéralement folle.

Concernant le financement de cette opération "Give my visa", j'ai trouvé beaucoup d'aide, une aide spontannée, généreuse, inestimable... et parfois même surprenante. Une de mes plus fidèles lectrices sur ce blog m'a littéralement fait un don. Et puis mes amis et ma famille m'ont prêté des fonds que je vais pouvoir rapidement rembourser : disons que tout sera remboursé dans les deux mois qui viennent (février et mars). Et je leur suis infiniment et éternellement redevable de cet immense service qu'ils m'ont rendu.

Mais l'issue de cette affaire était encore bien incertaine jusqu'au dernier moment. Car si dès que j'ai eu la confirmation par mon plus grand soutien technique dans cette affaire, la vice-consule de Colombie à Quito, du capital à déclarer à la Chambre de Commerce pour m'y inscrire et répondre aux critères d'obtention du visa d'indépendant... je me suis rendue à la dite Chambre de Commerce pour y faire mon inscription, c'est-à-dire dès jeudi matin dernier... j'ai alors appris qu'il y avait un délais de quatre jours pour obtenir le fameux certificat. Alors là, j'avoue, j'ai à moitié joué la comédie : mais mon cinéma était sincère parce que c'était un obstacle de plus sur un chemin qui avait déjà été très long et pénible... et franchement, je n'ai pas eu besoin de réféchir à ce que j'allais dire : c'est sorti tout seul. Déjà j'avais fait la queue un bon moment pour être reçue par l'agent en question, nommé Darwin, un jeune homme très occupé au téléphone portable, et qui serait bien parti prendre sa pause déjeuner si je ne l'avais pas imploré de me recevoir avant sa pause vu que c'était mon tour qui suivait et que j'attendais déjà depuis une demi-heure... Il me demande une minute pour faire un appel, je m'assois, rapidement il enregistre mon inscription, m'explique quelques formalités, et entre autre qu'il y a un délais de quatre jours pour obtenir le certificat dont j'ai besoin. 

Charlotte, dans son plus grand rôle dramatique en direct live à la Chambre de Commerce de Pereira jeudi 28 janvier 2010 entre 11h30 et 13h30 :

- Non, de me dites pas ça, cela n'est pas possible... mais je dois présenter ce document lundi matin à la première heure au Ministère des Relations Etrangères... j'ai un rendez-vous (premier mensonge) pour soumettre ma demande de visa... je voyage dimanche soir pour Bogota... j'ai déjà mon billet (deuxième mensonge, laissant entendre qu'il puisse s'agir d'un voyage en avion)... et si je ne me présente pas à ce rendez-vous, je ne sais pas quand je vais pouvoir en obtenir un autre (troisième mensonge)... et je vais devoir payer deux cedulas (ça c'est vrai)...

Darwin semble comprendre mes inquiétudes. "Je vais voir avec ma chef". Il revient deux minutes après. "Pas de problème. Nous allons le faire pour demain après-midi." Il m'envoie faire le paiement à la caisse, laps de temps pendant lequel il va déjeuner (et je me paye encore une super file d'attente), et je dois laisser à la caissière qui va me recevoir à son intention les documents dont il a besoin pour finir mon inscription pour le lendemain afin que je n'aie pas à attendre son retour de pause déjeuner pour disposer... Je paye. Mais la caissière ne semble pas bien comprendre que je dois lui laisser les documents pour Darwin. Elle me les restitue. J'insiste, lui explique à nouveau. Elle en sépare une partie, me la donne, garde l'autre... Je crois que c'est bon. Elle va transmettre pa darwin. Je m'en vais.

Vendredi je devais donc retourner à la Chambre de Commerce entre 14h et 16h pour récupérer le fameux "certificat d'existence et représentation légale".  J'ai des cours particuliers jusqu'à 14h30 et à pétaouchenoque (à Cerritos pour ceux qui connaissent) mais ça devrait le faire... Sauf que c'était sans compter avec l'énorme retard de la père de famille venu récupérer ses enfants (mes élèves) avec qui j'avais rendez-vous à la sortie des cours au lycée français à 11h30... Il arrive vers 12h30 au lieu de 11h30. J'espère quand même que la suite ira vite, mais non. Nous déjeunons avec encore plus de retard parce que monsieur se fait couper les cheveux à domicile avant le repas. Alors à 13h c'est carrément moi qui demande à tout le monde de passer à table (je déjeune avec eux chez eux avant de donner les cours aux enfants) parce que j'ai un autre cours après en ville (mensonge car en fait je dois être à la Chambre de Commerce avant la fermeture de ses portes à 16h). Et figurez-vous... on sous-estime bien souvent l'autorité du professeur, même quand il est "jettable" comme moi... car tout le monde est passé à table illico, y compris le Papa qui depuis vingt minute était lancé dans une interminable conversation téléphonique de business ayant commecé pendant la coupe de cheveux. Nous mangeons, discutons... Il va falloir digérer les lentilles et les saucisses pendant le cours. Je n'exclue pas une somnolence innévitable après un repas si riche. Avec mon élève, nous travaillons une heure, puis je fais une autre heure avec un autre élève dans une autre maison de la même résidence, et tout cela me mène à 15h30... J'ai presque faillit annuler le deuxième cours, mais je reprends à peine le travail, je ne peux pas me permettre d'annuler un premier cours de reprise quand la motivation d'un éléve est déjà très moyenne, et risque d'être définitivement détruite par une annulation du prof qui du coup perd un client...

Dix minutes avant la fin du cours je fais demander un taxi. Il arrive naturellement à 15h40 quand normalement il arrive à 15h25 et râle parce qu'il doit attendre la fin de mon cours à 15H30... J'explique le topo au chauffeur de taxi : il ne ma garantie rien. Normal, nous devons passer par l'avenue 30 de agosto pour rejoindre le centre, c'est à dire feux tricolores et dos d'âne tous les 500 mètres, grosse circulation, et sans doute des ralentissements à cette heure-là... Ce sera le trajet le plus long de ma vie. Interminable. Et les minutes qui défilent... 15h58 je décide de téléphoner pour prévenir de mon arrivée en retard. Je n'ai pas le numéro de la chambre de commerce évidemment, sur aucun des documents (je les ai tous avec moi). Je dois donc d'abord appeler Céline qui heureusement est à la maison et le trouve facilement sur internet. J'appelle, je parle avec Darwin. Il me dit qu'il n'y a pas de problème, il est là jusqu'à 17h.

Finalement, j'arrive à la Chambre de Commerce à 16h05. Les portes sont fermées et à l0intérieur ils font passer les derniers clients arrivés avant la fermeture. Le vigil fait barrage. Je ne peux pas entrer. J'explique ma situation, son urgence, et que Darwin m'attend, il est au courant. Le vigil va demander confirmation, il semble qu'on lui confirme tout car il me demande mes documents. Et quelques minutes plus tard c'est Elisabeth, la responsable des inscriptions qui vient me voir dehors, à la porte, et m'explique.

Et là c'est l'horreur... Mon inscription n'a pas pu être finalisée car je n'avais pas laissé les documents (la faute à qui ?... la caissière qui n'a pas voulu faire ce que je lui demandais...), et qu'en plus ils ont actuellement un problème de communication internet avec la DIAN (le service des impôts qu'ils doivent consulter avant de faire mon inscription). Elle ne peut pas me donner le certificat maintenant. Alors je lui réexplique ma situation (presque le même skeatch que pour Darwin la veille mais en moins dramatisant et sans la surprise...). Elle me garantitque ce sera fait pour lundi matin, et que lundi matin à la première heure je peux me présenter dans n'importe qu'elle Chambre de Commerce à Bogota pour acheter ce certificat. Rien de moins sûr... je me méfie désormais... il est tellement difficile de trouver des gens efficaces et compétents dans les administrations colombiennes, que j'ai des doutes... mais Elisabeth me semble fiable, je lui demande son numéro de téléphone et elle me confirme que quoi qu'il arrive je peux l'appeler lundi matin, pour vérifier que cela a bien été fait, elle commence à 8h, à 8h15 je serai dans le fichier national et le certificat sera disponible à le vente.

Samedi passe... dimanche... le stress monte. Dimanche j'étais dans un tel état de nervosité, et en plus seule à la maison, Céline étant partie à Quimbaya faire des photos de gateaux pour l'inauguration d'une patisserie de la tante de Natalia... Je passe la matinée à trier et ranger mes documents sur mes disques durs externes, et à faire des sauvegarde de données que je n'ai pas faites depuis des mois... Et quand j'ai fini tout ça je tourne en rond... je pète les plombs. Je décide de remanier ma lettre de présentation pour le visa. J'appelle Virginie pour savoir si elle peut m'aider à la relire et si je peux l'imprimer chez eux. Je vais donc chez Virg et Nico vers 16h (ils m'attendaient pour 15h). Nous remanions la lettre... mais elle pense qu'il vaut mieux l'avis d'un colombien. J'appelle Javier, je la lui envoie par mail, il la relit, la corrige,... d'un seul coup les phrases deviennent soutenues et sophistiquées... je ne comprends même plus certaines choses. Le soir je l'envoie à Natalia pour qu'elle la relise aussi.

Je suis tellement stressée que je préfère rentrer à la maison entre 19h et 21h alors que mon bus part à 22h et que je suis partie avec toute mes affaires pour voyager... Précision : la maison est pa 20 minutes du centre en bus, et 8000 pesos si je prends un taxi. Je prends un taxi pour monter, et un bus pour redescendre, et je passe deux heures à essayer de me détendre (ce qye j'ai essayer de faire d'ailleurs toute la journée, prenant douche sur douche entre deux séances de relaxation et de meditation).

22h je prends le bus pour Bogota. 5h20 le lendemain j'arrive dans le froid de Bogota. La Chambre de Commerce principale qui est juste à côté du terminal de bus oú je suis arrivée n'ouvre qu'à 8h. Le Ministère des Relations Extérieures qui se situe dans un tout autre quartier, assez éloigné, est ouvert de 7h30 à 12h au public pour déposer les demandes de visa, sans rendez-vous. Je vais dans un cyber café tuer le temps, après avoir bu un café et magé un croissant jambon/fromage dégueulasse. Là je croise Daniel sur internet. Je lui envoie ma lettre. Il m'aide à la corriger (encore). J'avais oublié d'y ajouter des précisions sur les délais dans lesquels je voulais faire ce visa pour ne pas avoir à payer deux cedulas. Cette fois elle doit être parfaite. Je l'imprime, la signe, la photocopie.

Il est 7h45 : je me dirige vers la Chambre de Commerce. 8h15, je passe au guichet : l'agent me déclare que je n'existe pas dans le fichier national. Grrr... J'appelle Elisabeth. En effet, elle me demande 20 minutes, l'avocate règle un détail avec la DIAN... que je la rappelle dans une petite demi-heure. J'attends. 8H50 je la rappelle. C'est bon, mon inscription est validée, et a été basculée sur le fichier national, je peux acheter le certificat. Je reprends un ticket, refais la queue, me présente à un guichet, le numéro 8. Et rebelotte : je n'existe pas dans le fichier. J'explique. "Je ne peux rien faire", me dit sèchement le caissier. Il réessaye une ou deux fois. Cela ne fonctionne pas, mais il ne cherche pas à savoir, comprendre, ou à m'aider en trouvant une solution, ou une alternative... Il refuse, et m'envoit chier. Je rappelle Elisabeth : elle m'assure qu'il ne peut pas il y avoir de problème, que de son côté tout est en règle, qu'ils peuvent l'appeler de la Chambre de Commerce de Bogota s'ils veulent. Le guichetier nº8 vers qui je retourne refuse : "on ne peut pas téléphoner". Verte de rage du peu de serviabilité et d'amabilité de ce Monsieur (serait-ce une caractéristique des gens de Bogota ? Ou bien les gens de l'Eje Cafetero seraient-ils si aimables et verviables que tout autre communauté en souffrirait la comparaison, ne pouvant leur arriver à la cheville ???), j'hésite... je recommence ? Ou je vais essayer dans une autre Chambre de Commerce ? Si la Chambre de Commerce Principale de Bogota ne peut pas, quelles chances ai-je que cela fonctionne dans une de ses succursales ? Je me présente à l'accueil (après avoir encore fait la queue) et une jeune fille très sympathie à qui j'explique ma situation et comment j'ai été mal reçue par le guichetier nº8, que je veux parler à son supérieur, à quelqu'un de compétent en ce qui concerne mon problème... me dit que "Oui, je figure dans le fichier national" et me redonne mon numéro d'immatriculation (que je connaissais déjà).

Je reprends un ticket, refais la queue, et le haard me conduit heureusement à un autre guichet : le numéro 10. Bien plus sympathique, bien plus souriant, bien plus servible, bien plus communiquant, car il m'explique pourquoi il se peut que cela ne fonctionne pas, cherche des solution, téléphone (Oh ! On peut téléphoner ???) à différents services pour trouver des solutions... savoir oú est le problème technique. Mais rien. Il me fait assoir à chaque fois pendant qu'il cherche à régler le problème tout en faisant passer d'autres clients... Il me rappelle deux ou trois fois à son guichet pour me dire l'évolution de la situation, il m'explique qu'effectivement apparement il n'y a pas de problème sur le réseau national... que c'est peut-être un problème de leur système à eux.

A 11h je perds patience... je lui que je ne peux plus attendre, que le Ministère des Relations Extérieures ferme à 12h... Il m'envoit reporter ma situation à son directeur. qui me reçoit négligeamment entre un coup de fil et une discussion de plaisir avec son voisin de bureau... et me demande de repasser à 15h. Je tourne les talons, un peu désespérée... enfin, que dis-je, complètement désespérée...

...et je sors en larmes de cette maudite Chambre de Commerce de Bogota, à cause de laquelle je suis sans doute venue à Bogota pour rien, où je viens de perdre une matinée en attente et en stress... et mon esprit se vide : tout est fini, il n'y aplus d'espoir, il ne me reste plus qu'à rentrer à Pereira, bredouille... je devrais revenir à Bogota, avec le certificat qui me manque, le dossier complet, et il faudra que je paye deux cedulas... et encore faudra-t-il que complet ma demande de visa soit acceptée... Je n'y crois plus.

Je descends les marches de l'escalier de l'immeuble de cette maudite Chambre de Commerce... je m'apprète à retourner au terminal de bus... là je vois une femme courrir vers un taxi... je la regarde... et là survient une intuition... et si j'allais présenter mon dossier tel quel au Minsitère ? Peut-être verront-ils qu'il manquent un document, et alors ils me demanderont de le ramener le lendemain... et j'aurai accompli ma mission dans les délais, avec une nuit à Bogota, que je passerai sans doute chez Javier ou chez Gabriella que je dois voir de toute façon dans l'après-midi...???

Je monte dans un taxi, direct le quartier du Ministère. En plus à deux pas du Ministère il y a une succursale de la Chambre de Commerce : peut-être que là ils seront rapides et efficaces. Quinze minutes de taxi. Le chauffeur est bacard et curieux. Je ne comprends rien de ce qu'il dit parce qu'il ne parle pas fort et qu'une vitre nous sépare, et que mon esprit est ailleurs... je ne parle plus aucune langue.

Quartier du Ministère : carrera 15 con calle 93. Je vois la chambre de commerce, j'y entre, retire un ticket : 292... ils servent le 182... des heures d'attente en perspective : je sors. Je vais quelques photocopies qui manquent. Je cherche le Ministère, je me perds. Je vérifie l'adresse : je me suis éloignée en confondant la carrera 17 avec la 13. Je marche en sens inverse, déambule dans le quartier, demande mon chemin deux fois, et finis pas trouver : Carrera 13 con calle 93. Le vigil ne contrôle même pas mon sac à l'entrée. La réceptionniste ne prend pas mes papiers d'identié, ne me donne pas de badge de "visiteur". Elle ne dit de monter vite au deuxième, ils vont fermer. Deuxième étage, bureau 203. 11h59, je passe la porte du Ministère des Relations Extérieures de la République de Colombie, Service Visas et Immigration. Vigil, porte scanner, pas de contrôle, une salle de 50m2 pleine à craquer, tous les fauteuils occupés, des gens assis par terre le long des murs, deux queues de personnes debout qui se mélange, d'autres gens agglutinés à des barrières qui bloquent l'accès des bureaux. Je prends un ticket : nº 90. Ils servent le 79. En fait beaucoup se sont découragés entre 79 et 90.

Une secrétaire pas aimable (très certainement agacée par le bruit, les gens, les erreurs dans les dossiers, les règles non-respectées, et une longue matinée de travail dans ces conditions) prend mon dossier : " Mais pourquoi y a-t-il tout ces papiers ? Combien de personnes sont concernées par la demande ? Vous demandez quoi comme visa ?" Et elle est énervée, ne me regarde même pas, me repose trois fois les questions. Je croyais qu'il fallit tout fournir en double (à Quito j'avais dû tout rephotocopier). Elle finit par me jeter la moitié des papiers à la figure : je ne m'en formalise pas, je ne suis plus à ça près. "Combien de photo il vous faut ?" Deux.

Parenthèse. Ne croyez pas que quand on vous demande deux photos au lieu de trois comme indiqué dans la liste de document d'un dossier vous avez économisé une photo ? Non, vous en avez perdu deux ! Parce que pour en finir trois ou deux, vous avez dû en faire quatre, et que celles qui restent ne suffiront jamais pour la prochain dossier que vous ferez oú on demande des photos, et que pire, il y a des chances pour qu'on vous demande des photos avec une autre couleur de fond (ici, blanc ou bleu suivant les cas), ou un autre format (ici 2x2, ou 3x3, ou 2x3...) Depuis février 2007 et ma demande de visa Travail et Vacances pour Montreal, j'ai accumulé comme ça une quinzaine de photos d'identités que je n'ai jamais pu réutiliser... Fermons la parenthèse.

Bref... elle prend mon dossier, ne le lit pas, ne le vérifie pas vraiment, ou alors elle a un don pour faire ça sans en avoir l'air... et me dit de m'assoir pour attendre, sachant très bien qu'il n'y a pas de place assise. Mon dossier est le dernier qu'elle reçoit. Les portes ont été fermées entre temps, et les nouveaux arrivants ont été durement renvoyés par le vigil. Je reste devant la secrétaire car de toute façon la salle est pleine et un mouvement pour me déplacer serait plus un embêtement qu'autre chose. Elle s'en va. Sans doute prendre un lexomil, faire une grosse sieste, manger une plaquette de chocolat, ou nager deux kilomètres à la piscine... car l'état de nervosité dans lequel elle est gravement avancé.

Et je reste là, debout, appuyée au mur, puis appuyée à son guichet. J'observe les gens. J'ai un mal de tête effroyable depuis ce matin. Et je ne pense pas que ce soit les 2600M d'altitude de Bogota qui me fasse de l'effet : ils ne m'en ont jamais fait et il m'en faut plus. Peu de temps après avoir laissé mon dossier à la secrétaire un employé m'appelle à la barrière qui bloque l'accès aux bureaux : il me fait entrer dans les bureaux, assoir devant le sien. "Je ne comprends pas... qu'estce que vous demandez ? Vous avec déjà un visa temporaire spécial... pourquoi vous en demandez encore un ?" Je suis confuse. Je fais des phrases basiques. J'ai un visa para tramites. On me l'a accordé à Quito. Je veux un visa pour être prof indépendant, pour travailler... Il me dit : "Très bien. Nous voulions vérifier qu'il n'y avait pas d'erreur." Et me renvoit dans la salle d'attente. En partant je lui précise qu'il me fasse signe s'il manque quoique ce soit au dossier... sachant très bien qu'il manque le certificat de la Chambre de Commerce. Il me réponds à peine. Et maintenant je comprends que peut-être alors il avait déjà pris sa décision, et peut-être même pas lu ma lettre, et sans doute posé ces questions pour ne pas avoir à la lire et réfléchir à mon cas... Mais c'est dans un état complètement assomée par la pression et les émotions que je retourne m'appuyer à mon mur dans la salle d'attente oú la tension monte.

Je ne sais pas trop ce qui va se passer dans ma tête entre 12h30 et 15h... Je sais juste que les gens sont tendus dans la salle. Certains font connaissances, bavardent, critiquent et commentent pour passer le temps. D'autres réussissent à dormir : je ne sais pas comment ils font, j'aimerais bien aussi... J'observe la procédure. Près de la barrière qui bloque à l'accès aux bureaux, un employé vient distribuer de temps en temps des bons pour effectuer le paiement des frais de visa au guichet de la banque qui a son propre guichet dans l'enceinte même de la salle d'attente du service. La plafond est bas : l'air est confiné. 13h, le vigil ouvre la porte, les fenêtres sont ouvertes, l'air se renouvelle... Une femme, allemande, harcèle le moindre employé qui s'approche de la barrière pour savoir oú en est son dossier, et quand l'employé amène les bons pour payer les visas et qu'elle voit son nom, elle le lui arrache littéralement des mains. Une autre, argentine, parle très fort au téléphone et commente la situation : "Ecoute, je suis là debout depuis 9h, c'est la merde, ils sont incompétents dans ce Minsitère, on est mal reçus, on est traités comme du bétail..." Et moi qui me dit... Eh bien ma chère, heureusement que tu n'es pas une sans papier devant la Préfecture de Bobigny !

Et puis l'employé appelle mon nom. Je traverse la salle et les gens agglutinés. Il me donne un bon pour que je paye le visa. cela voudrait'il dire que je l'ai ? Je préfère ne rien croire : la dernière fois que j'ai payé un visa, ils m'avaient dit "oui", et finalement je ne l'ai pas eu. Je paye, ramène le reçu, et retourne m'appuyer à mon mur.

Une autre employée vient distribuer des passeport avec visa. La salle se vide un peu : une bonne soixantaines de personnes en moins. Elle ne m'appelle pas. Je reste appuyée contre mon mur. Et peu de temps après avoir trouvé enfin une place assise, c'est l'employée qui distribue les passeports qui m'appelle. Je traverse la salle et les gens. Ouf ! Punaise, ça y est, je l'ai, et j'avoue que j'ai un peu de mal à y croire.

Je vais dans un cyber pour annoncer la nouvelle, j'appelle Javier et Gabriella que je devais voir dans l'après-midi. Je vais faire un vrai repas dans le coin : ça creuse autant d'émotions en si peu de temps (stress, peur, énervement, désespoir,... léthargie... et pour finir, satisfaction).

Je passe l'après-midi avec Javier et Gabriella à la terrasse d'une brasserie chique du Bario Chicó. Très bonne bière rouge. Discussion très chouette. Délicieuse arepas fourrée au fromage avec Gaby, que nous finissons par une discussion culturelle dans son salon chez elle. 21h30 je monte dans un taxi pour le terminal de bus : 11600$. La compagnie de bus Bolivariano un départ à 22h15. Il est 21h50. 49000$. Il me reste 46150$. Je négocie : ils me le laissent à 45000$. Je leur fait remnarquer que s'ils pourraient me le laisser ' 40.000... Il me reste 1150 pesos en poche. Comment je vais faire pour rentrer chez moi quand je serai arrivée au terminal de bus de Pereira à 5h du matin ? Cela ne m'empêche pas de dormir... tout le trajet. Le bus ne s'arrête pas. D'ailleurs à priori, en arrivant de Bogota, le bus passe davnt chez moi, mais comme je dors, je ne pense même pas à lui demander de me déposer devant chez moi, et pas au terminal, ce qui n'est pas du tout sûr qu'il aurait accepté car c'est un "express" censé ne jamais s'arrêter, de Bogota à Peraire : 7h de trajet.

Et à 5h20 je me retrouve devant le terminal de bus de Pereira, sur la route qui sort de la ville vers Armenia oú j'habite maintenant. Je rate de peu un bus qui y va. J'attends quelques minutes dans la nuit, fatiguée, avec mon sac. Et puis un taxi pirate s'arrête : " Via Armenia ? - Oui, mais je n'ai que 1150 pesos." (normalement ils prennent 1400 pesos, comme le bus). Il accepte, je monte.

Et puis il me demande où je vais : je lui explique que je vais descendre au niveau du Motel La Siesta. Il me demande si je vais travailler... Je dis que non, que j'habite en face. Et il commence à me raconter qu'un gars a été tué la veille tout près de chez moi, qu'il était connu, il travaillait pour la commune, aidait les gens... et aimait les jeunes garçons... Brrrrr... Il a été égorgé la nuit dernière. Un autre passager monte : je suis plus tranquille. Et puis je suis fatiguée, je confonds deux virages et deux motels et crois un instant que nous avons passé ma maison, je le lui dis... et il se moque de moi : "Ah... tu ne sais plus oú tu habites... tu te trompes de Motel... peut-être as-tu quelque bon souvenir de nuit de plaisir dans ce motel..." Et il rigole. Pas moi. Cinq cents mètres plus loin, c'est le bon virage et le bon motel. Je descends, traverse la rue, ouvre la grille. Enfin chez moi.

Et avec un visa temporaire spécial pour activités indépendantes comme professeur de français d'une durée de un an, renouvelable... Punaise, cela aura été dur, mais j'y suis arrivée finalement !

Un merci tout spécial à Natalia, Javier, Daniel pour leurs relectures de ma lettre de demande de visa, à mes parents, Céline, Virginie, Nicolas pour leurs aides financières, à Fabienne pour son don, à Celmira (vice-consule de Colombie à Quito) pour ses conseils avisés, sur place puis par email, à Darwin et Elisabeth (de la Chambre de Commerce de Pereira qui n'en revenaient pas quand je leur ai raconté hier mes mésaventures à la Chambre de Commerce de Bogota), et Jacqueline, la première secrétaire du Service Visa et Immigrations au Ministère des Relations Extérieures à Bogota, qui a signé mon visa, qui est sans doute la "Jackie" avec qui Celmira parlait de mon dossier au téléphone quand j'étais à Quito, et que je soupçonne d'avoir fermé les yeux sur l'absence du fameux certificat (que j'ai maintenant en ma possession pour l'avoir récupéré hier à la Chambre de Commerce de Pereira), et à tous pour votre soutien tout au long de cette aventure.

Voili, voilou.