lundi 7 décembre 2009
Les colibris me mangent dans la main...
Oh oui ! Je n'aime pas... j'adore les randonnées d'observation ornithologiques, même si on doit partir très tôt le matin. On marche tranquillement, on fait des photos, on écoute, on cherche du regard dans les branchages des êtres multicolores qui toujours se dérobent à nos yeux... on écoute, on touche, on respire, on prend le temps... et le temps passe sans qu'on s'en aperçoive... on déconnecte, on s'extirpe de l'espace-temps... on retrouve notre rythme profond et intrinsèque, l'essentiel. Hier, dimanche, pour ma deuxième sortie d'observation ornithologique (la première c'était le samedi de la semaine dernière au jardin Botanique de l'Université Technologique de Pereira, avec des profs et des élèves du lycée français), nous sommes allées Céline et moi, accompagnée de Monsieur Peña, un passionné d'oiseaux et de photos, au lieu dit "La Suisse", jusqu'à la cascade Los Frailes. Départ pour Céline, Annouck et moi (Annouck est une prof de primaire qui est arrivée cette année), du terminal de chivas à 6h pour la Florida, puis la Florida/La suiza à pied. En chemin M. Peña nous rejoint en voiture accompagné de sa femme et la tante de sa femme.
Puis nous prenons 4h aller/retour pour faire une marche qui normalement aller/retour ne dure pas plus d'1h. Nous n'avons pas vu énormément d'oiseaux, car il a fait rapidement trop beau et chaud pour qu'ils sortent en nombre, mais nous en avons vu quelques uns magnifiques. Alors, personnellement, je ne serai jamais de ceux qui les reconnaissent et connaissent leurs noms vulgaires et scientifiques dans quatorze langues, mais je me laisse transporter avec délice par leurs chants, mais aussi par toutes les autres mélodies, toutes les autres couleurs, toutes les autres sensations de la Nature. La cascade Los Frailes en plus est de toute beauté, et après la marche, rien de tel que de se laisser rafraîchir par les embruns de l'eau qui se jette du haut des 68 mètres de la montagne. Je ne me suis pas baignée à la cascade parce qu'il y avait à peine 30 cm de profondeur et un vent glacial à cause de la paroi très haute... mais au retour, je n'ai pas pu résister de me tremper dans l'eau froide de la rivière que cette même cascade alimente.
A 13h nous étions en voiture (une dans le coffre, à tour de rôle, car nous étions six pour cinq places dans un break), et redescendions vers la civilisation. Une halte sur la route pour déjeuner dans un resto familial très amusant : tout en bois, avec vue sur la vallée, et au sol jonché de copeaux de bois. Puis M. Peña (William) nous a emmené chez lui, voir et photographier les colibris, car derrière sa maison il a installé une dizaine de mangeoire qui distribuent de l'eau sucrée, et après les avoir regardé, appris à reconnaître le mâle et la femelle des cinq espèces qui viennent à cet endroit là, et bien d'autres oiseaux du quartier (pourtant résidentiel), il a proposé à Céline et moi de mettre une mangeoire dans notre main pour voir venir les colibris y manger. Impressionnant : le vent produit par le vol des colibris qui s'approchent par à coup de nos mains et donc de notre visage... le bourdonnement de leur vol, le contact avec leurs pattes sur la paume des mains quand ils se posent pour boire l'eau sucrée... Un souvenir inoubliable. Cela a été difficile de partir, mais vers 18h nous nous sommes décidées.
Céline et moi avons pris le bus à Combia pour Pereira. Quand William nous a déposé à l'intersection d'oú ils partent, il y en avait un qui prenait le départ, alors nous avons couru pour monter dedans (oui, j'ai couru, au moins 150 mètres, voire plus... même pas fatiguée, une vraie surprise pour moi), sans regarder où il allait, pensant qu'ils allaient tous à Pereira, et voilà que le bus nous a fait faire une visite "touristique" de tous les quartiers rives droite de Pereira : des endroits que je ne connaissait pas, relativement pauvres, avec des "alumbrados" (mise en lumière des maisons pour Noël) tous plus magnifiques les uns que les autres... Au bout d'un moment, le bus a fini par arriver à un endroit que nous connaissions : l'entrée de Dos Quebradas, de l'autre côté du Viaduc (fierté de la ville de Pereira, qui est actuellement tout en lumière pour Noël), alors nous sommes descendues là, nous nous sommes fait une petite séance photo de nuit du Viaduc, puis nous l'avons traversé à pied, sommes descendues faire quelques courses au supermarché en contre-bas, et sommes enfin rentrées chacune chez nous, pour ma part en taxi.
Ce fût une journée très riche : se lever très tôt un dimanche matin et partir sans réveiller les colocs (un vrai défi parce que les portes chez nous ne ferment pas, elles claquent ! quelque soit la délicatesse dont on fait preuve), la marche, les oiseaux de toutes les couleurs, les photos, la cascade, le déjeuner dans le resto de copeaux de bois, le trajet en voiture dans le coffre, les colibris qui viennent me manger dans la main, le bus qui nous perd dans les quartiers pauvres, les photos avec un appareil à 600€ (pour moi, plus pour Céline) dans un quartier tout aussi pauvre, la traversée du Viaduc à pied... Wuf ! Que d'émotions !!!
Voili, voilou.
mardi 17 novembre 2009
Je reviens d'où jamais personne ne revient...

Je reviens d'où jamais personne ne revient... et évidemment, vous vous doutez que je ne suis pas vraiment revenue. Mon coeur, mon esprit, mon âme sont restés là-haut, perchés à 3900m d'altitude, quelque par entre les maisons des paysans du Bosquet, et la Laguna del Otun, tant désirée et jamais atteinte. En décembre dernier, j'étais montée jusqu'au Bosquet alto avec un ami : quatre jours de marche sous la pluie et dans la boue, trois nuits sous la tente et dans le froid, un après-midi à errer sur le plateau du Bosquet à chercher la sortie (ou l'entrée) vers la Laguna del Otun, en vain, découvrant au passage des étangs couverts de lentilles d'eau dans la brume et les barbelés... paysages mystiques et expérience déterminante qui devait à jamais rester gravée dans ma mémoire. Eh bien j'y suis retournée, à la montagne, sans mon guide attitré, mais avec un autre guide, d'un autre genre, très différent, que j'aime aussi énormément. Nous étions huit femmes dans la montagne, cette fois. Les sept autres s'étaient déjà réunies et organisées, et l'une d'elle, mon guide, m'a proposé de me joindre à elles, alors que je débarquait à peine chez moi, à Pereira. Samedi matin, je me retrouvais à 6h30 à la gare routière des Chivas (gros camion 4x4 de fabrication locale et aux décorations très colorées), à deux quadras du parque La Libertad oú tout est encore fermé, mon sac à dos posé à mes pieds, buvant un tinto, en attendant Céline, celle qui m'avait embarqué dans cette aventure. Départ à 7h, 1h30 de chivas jusqu'au Cedral, 2h20 de marche jusqu'au refuge de la Pastora où nous laissons la plupart de nos affaires pour que des mules les porte là-haut, puis encore 5h de marche tranquille jusqu'à la maison des paysans qui ont monté nos sacs avec leurs mules et qui nous attendent pour dîner, coucher et petit-déjeuner, au Bosquet du bas. Il a fait beau toute la journée : juste une petite averse au moment du déjeuner sur l'herbe (un sandwich et une pomme vite avalés, chassées de la clairière par la pluie). Vers 17h, nous arrivons après nous être un peu égarées : à faire des photos, à discuter, nous sommes montées trop haut sur le chemin principal et avons raté l'entrée qui mène chez nos hôtes. Je rencontre là les autres : trois que je connais, trois que je découvre. Nous dînons ensemble en face du coucher de soleil droit devant nous au fond de la vallée : patacon, riz, pomme-de-terre, oeufs brouillés, fromage et aguapanela pour se réchauffer. Nous partageons deux pièces pour la nuit : cinq dorment au sol sur des matelas, trois potentiellement ronfleuses dorment dans une autre pièce, deux sur un lit, l'autre sur des tapis de sol. Le deuxième jour, réveil matinal, brossage de dent, remballage des affaires dans les sacs (qui vont redescendre à dos de mule le jour même d'où ils sont partis la veille), petit-déjeuner qui tient au corps (beignets de farine sucrés, riz, oeuf brouillé, fromage et café avec panela), puis 8h, c'est reparti pour un tour. El Bosquet bajo - El Bosquet alto : la pente est raide à travers champs, mais quel ravissement de retrouver l'école, la chapelle où nous avions déjeuner le deuxième jour lors de ma première expédition jusqu'ici, cette fois-ci dans le soleil, et non cachée dans la brume, laissant voir les collines environnantes, les champs de pomme-de-terre fleuris, les vaches,... et pas seulement le chemin boueux qui l'est toujours. El Bosquet, grâce à nos guides bien expérimentées (Céline et Isabelle) nous allons tout droit vers le portillon du champs où commence le chemin à la Laguna del Otun. Pas d'erreur possible, cette fois. Et là commence la montée sans fin : nous traversons un champs, puis une allée boisée, puis la végétation change, l'oxygène se raréfie, nous atteignons le paramo... et à chaque virage chaque petit col, j'espère voire apparaître la Laguna,... une petite descente, et c'est la Lagune del Mosquito qui apparaît, encore un effort, et à 12h nous sommes assises dans les rochers qui surplombent la Lagune vers le mirador. Pic-nic très bref, séance photo de groupe. Et hop, c'est reparti : la route est longue jusqu'à la Pastora. Pastora-Laguna del Otun, en théorie 7h d'ascension (pour moi 9h, tranquillement), or il reste à peine 5h de soleil pour tout redescendre au milieu des cailloux et des rochers glissants et dans la boue. Les lampes de poche sont restées dans les sacs qui eux sont déjà redescendus à la Pastora. Il faut y arriver avant le coucher du soleil. La montée est une épreuve qui apporte satisfaction quand on atteint son objectif, la descente est une épreuve bien plus ingrate, qui tente de vous retenir tout là-haut... Les filles descendent en courant. Je descends tranquillement, avec Céline qui m'attend de temps en temps dans un virage en prenant des photos d'oiseaux, et en guettant un gros mammifère sauvage des prairies qui ressemble à un fourmilier, la Danta. En repartant de la Laguna, nous croisons une bonne quinzaine de personne, dont une famille qui a dormi comme nous chez les agriculteur du coin et qui y retourne dormir le soir suivant, et un groupe de touriste de Bogota, qui est parti très tôt de la Pastora, et espère y retourner le jour même (en l'occurrence, une folie pure, étant donné leur condition physique très moyenne, le dénivelé de 1000m, les difficultés respiratoires liées à l'altitude, leur peu d'équipement, ne serait-ce qu'en eau et en choses à grignoter pour se donner de l'énergie,...). Céline et moi prenons tout notre temps : nous nous arrêtons même chez une fille du coin qu'elle connaît et qui nous offre une tasse d'aguapanela, puis cette dernière nous indique un raccourci par la forêt, moins caillouteux mais plus boueux, et surtout étroit au milieu des arbres, ce qui me fait penser aux sorcières et aux esprits résidents de ces montagnes. Une petite pause à 18h à Peña Bonita, la dernière étape de la descente après El Bosquet, El Jordan, Peñas Blancas... puis nous terminons la dernière heure à la lumière de la lampe frontale de Céline, que je porte, et qui attire les insecte, mais nous évite bien des chutes et des blessures. Nous retrouvons les autres à la Pastora, le refuge, oú nous attendent matelas, couverture, vêtements secs et chauds dans nos sacs à dos. Elle finissent de dîner : nous ne pouvons avaler qu'une soupe, et au lit ! Le troisième jour est tranquille : réveil sans réveil, brossage de dents, habillage, rangement du sac à dos que nous allons porter cette fois, petit déjeuner toute ensemble, et puis il faut remettre les pieds blessés et endoloris dans les chaussures toutes mouillées... Dernière heures de marche tranquille, à flâner entre les libellules et les chants d'oiseau. La chiva du Cedral repart à 11h. Les filles y sont à 10h. Céline et moi à 10h30. Les bogotanais se font attendrent. petit stress au départ parce que je crois avoir perdu mon opinel. Je le retrouverai quelques heures plus tard en dépliant mon sac à la maison... (shame on me). Deux heures de chiva jusqu'à Pereira. Mes pieds refusent de retourner dans mes chaussures. C'est pieds nus que j'embarque dans la chiva et que je prends la taxi avec Virginie et Aurélie. 14h on est à la maison : douche pour tout le monde, la machine à laver tourne tout l'après-midi, petite partie de Scrabble avec Nicolas qui est resté au chaud et au sec tout le week-end, petits cubes de fromage de vache cuit à El Bosquet là-haut, mais le fromage du Bosquet a meilleur goût quand on le mange à El Bosquet... mangé ici dans la vallée, il a un goût de nostalgie.
Voili, voilou.
mercredi 6 mai 2009
Le Paradis... à portée.
El Charco negro (la flaque noire).
Comment y aller depuis Pereira ?
Prendre un bus en direction de Armenia au départ du terminal de Pereira. Acheter un billet pour El manzano (départ toutes les dix minutes). Se faire déposer sur le bord de la route à El manzano. Traverser la deux fois deux voies. Entrer dans le chemin caillouteux au niveau du hameau (petite montée). Quand on arrive au trois chemins, prendre à droite (à gauche ça va vers la Florida). Suivre ce chemin jusqu'au bout (cul de sac sur des maisons). Traverser le terrain de la maison entourée de poteaux verts et blancs et de grillage : le passage dans la clôture barbelée est sur la droite du terrain de cette maison, il donne accès à un champ de broutage pour les vaches, bien trempé et défoncé (trous, flaques, etc...), tout droit en face après une ou deux grosses bosses, à gauche du terrain, un petit bois. Longer le lisière du bois jusqu'à trouver sur la gauche, un escalier en ciment qui descend. Le descendre. Durée du trajet : bus jusqu'au Manzano, 30 min + marche depuis la via Armenia jusqu'à la flaque, 40 min maxi, et si on prend la destapada en voiture, la traversée du champ de vache pour atteindre la flaque prend à peine 10 minutes. Et voilà, vous êtes descendu au paradis !
Voili, voilou.
mardi 31 mars 2009
Pereira : Prométhée.
Le Monument aux Fondateurs, sculpture de Rodrigo Arenas Betancourt, Pereira.
La statue représente un homme enflammé, Prométhée, un des sept titans
de la mythologie grecque, connu pour avoir fondé la race humaine. Elle
a été léguée à la ville par la maître sculpteur Rodrigo Arenas
Betancourt, comme celle de « Bolivar Nu » se trouvant sur la Place du
même nom. « El Prometeo » comme l'appellent communément les habitants
de Pereira, est un point de repère incontournable sur l'avenue
Circunvalar, avenue très animée étant donné le nombre important de bars
et de restaurants qu'elle comporte.
Photos de Charlotte Aristide (dans le sens de lecture : 2, 4 et 6) et David E. Gomez A (1, 3, 5 et 7).
lundi 30 mars 2009
La fête de la Créolo-phonie à l'Alliance Française.
Pour vous raconter en bref, j'ai mené deux projets pour la fête de la Francophonie à l'Alliance Française.
L'idée étant de représenter un pays de la Francophonie, une de mes élèves du soir ayant déjà commencé à préparer des danses folkloriques françaises (de sa propre initiative) pour cette fête, et le chargé culturel souhaitant qu'elle en représente de la Guadeloupe, j'ai décidé de carrément représenter la Guadeloupe dans cette fête : travail de vocabulaire avec les élèves (en français et créole) sur les fruits, légumes, fleurs, animaux, traditions musicales, danses, mode, mais aussi de civilisation (histoire, géographie, culture, langue...) et d'actualité (LKP), pour faire une grande exposition dans une salle de classe, mais aussi cuisine (j'avais dans mon groupe un pâtissier et une future chef cuistot) et décoration aux couleurs de la Guadeloupe. Les danseuses ont même trouvé un tissu qui ressemble à du madras, et avec un élève guitariste, j'ai chanté deux airs traditionnels que le public a repris en chœur avec nous. On a mis une ambiance du tonnerre de Dieu ce soir-là, pendant que les autres représentaient la Belgique, le Canada et la Suisse... un peu plus austères. Les colombiens ont a-do-ré la biguine, la mazurka, le zouk, le créole... Ils ont tous dansé et chanté. C'était impressionnant comme fusion culturelle. Ils ont adoré aussi le planteur, les acras, le colombo, et les gâteaux... Tout est parti comme des petits pains.
L'autre projet, avec le groupe du samedi, c'était une exposition de photo-carte postales de Pereira, qui valorise une ville dont la réputation est plutôt réduite à son activité commerciale (les centres commerciaux poussent comme des champignons : blanchiment d'argent de la drogue ???...) et à la "facilité" de ses femmes (surnommée "ciudad con las piernas abiertas" : "la ville aux jambes ouvertes", et non pas "puertas abiertas" : "portes ouvertes"), photos supposément faites par les élèves, mais que j'ai du en majorité refaire parce qu'elles n'étaient pas terribles, mais accompagnées de textes et de légendes écrites par eux, sur le thème de la vie culturelle et des loisirs touristiques dans la ville, avec pour pour point de vue de la narration, le regard d'un touriste français qui se balade dans la ville.
Voili, voilou.
Les photos dans le sens de lecture :
- la statue de Bolivar Nu sur la place Bolivar (centre de la ville),
- le viaduc de Pereira* (grande fierté de la ville),
- fleurs du Jardin Botanique (les fleurs sont l'emblème de la ville, son slogan "Pereira, tierra de flores"),
- l'église San José (architecture gothique mais en ciment !),
- la statue de Prométhée (ou Monument aux Fondateurs, sur l'avenue Circunvalar, avenue des bars et retaus chics, point de rendez-vous facile),
- la place du Lago (accueille une piscine-fontaine où se sont tenus des cours de natation fut un temps),
- Sanandresito (centre commercial de produits piratés, de contre-bande, etc... le comble du culte de l'illégalité dans ce pays),
- Centre Culturel de la ville (il ne s'y passe presque jamais rien),
- Musée d'Art (personne n'y va mais pourtant il s'y passe des choses sympa).
* photo prise par un élève.
Bus - Taf - pas de dodo...
Non, au contraire, je croule sous le travail. Car en plus de mes 14h de cours hebdomadaires à l'Alliance Française (mes revenus fixes, environ 1.000.000 de pesos par mois, soit 300€), je suis passée de 15h de cours particuliers à presque 23h par semaine, et comme vous l'imaginez, étant donné que mes élèves sont tous au lycée français, c'est-à-dire qu'ils sortent de l'école à 15h30 du lundi au jeudi et à 11h30 le vendredi, eh bien cela veut dire que je n'ai plus de week-end. Plus du tout. Du lundi au jeudi je donne deux heures de cours particuliers par jour, de 16h à 18h, avant d'aller travailler à l'Alliance Française, de 18h30 à 21h. Et les fins de semaines je suis full de cours particuliers : vendredi 12h - 20h30 non stop, samedi 14h - 18h non stop (le matin je suis à l'Alliance Française de 9h à 13h), et le dimanche, 7h - 13h30. Pas mal non ?
Le côté positif c'est que je gagne plein de sous. Je suis passée de 350.000 pesos par semaine à presque 600.000 (182€), dans un pays où le salaire minimum est de 495.000 pesos mensuels (150€), et où il faut bien compter 1.500.000 pesos mensuel pour vivre seul et dignement (460€ pour un loyer entier dans un petit logement, les charges d'eau, électricité, gaz, internet, téléphone, déplacement en bus et pas en taxi, courses...etc...), ce qui n'est même pas mon cas, puisque je vis en collocation et que nous partageons les frais de locations, les charges, l'abonnement à internet, au téléphone, les courses, etc... (budget mensuel commun, environ 450.000 pesos). J'atteins presque en semaine de classe (moins de disponibilité horaire des élèves), le record que j'avais établi en semaine de vacances au mois de mars dernier : 700.000 pesos en une semaine de vacances.
En plus je suis devenue une pro du bus urbain à Pereira : il faut dire qu'il n'y a pas de carte du réseau, pas d'horaires, pas d'indications aux arrêts, juste des noms de quartier sur les bus, en vitrine derrière le pare-brise, que quand le bus passe à toute vitesse, le temps de lire ce qui est écrit, de l'analyser pour vérifier que le bus en question nous convient, et faire un signe de la main pour l'arrêter... généralement il est déjà loin quand on comprend que c'était le bon. Je ne prends plus le taxi (qui pourtant reste un moyen de transport tout à fait accessible et très utilisé à Pereira) que quand je n'ai pas le temps d'attendre un bus pour aller à un endroit, c'est à dire entre deux cours particuliers quand ils ne sont pas dans le même quartier (ce qui est rare) et pour aller d'un cours particuliers qui finit à 18h10 à l'Alliance Française où j'embauche à 18h30 (et à 20 minutes de marche minimum de mon cours d'avant, mais bon, pas envie d'arriver en speed et en sueur au travail).
Sinon eh bien je fais des économies aussi sur le téléphone portable. Il est vrai que j'en ai deux, depuis que je suis revenue à Pereira en octobre, et que ce sont des "prepago" (téléphone à recharger avec une carte, sans abonnement), et la minute est chère, elles défilent vite... mais, j'ai découvert qu'il y a un système qui permet de gagner des minutes, et j'ai divisé par trois mon budget téléphone. Sans compter que je ne téléphone presque plus que pour des raisons professionnelles : les gens qui veulent me parler m'appellent, et ceux à qui je voudrais parler, je n'ai pas le temps de le faire au téléphone (trop de travail), alors tout va bien !
Du coup j'économise, ou plutôt je rembourse mes dettes. Virginie m'avait prêté un million de pesos pour payer mon retour Buenos Aires-Pereira en bus : ce mois-ci je liquide la dette. Guillaume aussi m'avait prêté des sous : c'est réglé. Je vais pouvoir renflouer mon compte en France pour honorer les prélèvements qui y courent toujours. Je vais même pouvoir prendre une semaine de vacances, une vraie, à ne rien faire, ce que je n'ai pas pu depuis la mi-janvier, ce qui se ressent fortement sur mon état de fatigue avancé, physiquement et psychologiquement. Le moral est bon, mais je suis très clairement à bout, à cran, surmenée.
Parce qu'en plus de la routine de mes 14 + 23 heures de cours hebdomadaire, qui à priori sont censées, étant donné leur organisation, me permettre des journées presque libres (du lundi au jeudi jusqu'à 15h30 et le vendredi jusqu'à midi), à faire autre chose (soit-disant, écrire, m'occuper de mes photos pour en faire une expo, et patati et patata...), ou même en profiter pour dormir, faire des grasses matinées, écrire sur mon blog, répondre à mes mails... eh bien non, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de me lancer avec mes élèves de l'Alliance Française dans des projets artistico-culturo-pédagogique pour la semaine de la Francophonie qui a été fêtée à Pereira jeudi 26 mars dernier. Conclusion, j'ai eu pendant un mois, des nuits très courtes, des journées très remplies, à rédiger les projets, monter des budgets, organiser et planifier des tâches, puis organiser chez moi des ateliers pour préparer expositions et spectacles (heures sup = cadeau ! = bénévolat !).
Finalement, le spectacle a eu beaucoup de succès, l'exposition est très réussie, mais bon, je dis ouf! que ce soit enfin terminé. Je respire. Ce week-end je n'ai rien foutu en dehors du travail, et c'est franchement trop bon. Et ce matin j'ai traîné au lit jusqu'à 9h, me voilà qui vous écrit des nouvelles sur mon blog... Hier soir je me suis même connectée à MSN pour discuter avec des amis, chose que je ne faisais que très rarement (juste avec la famille de temps en temps), et ouaw... ça fait vraiment du bien.
Voili, voilou.
jeudi 21 août 2008
Ecrivez sur les murs !!!
Partout où je vais, je photographie des tags, des garfs, des pochoirs, des affiches... toutes les formes d'expression murales urbaines, et généralement ayant des messages anti-quelque chose. Celui là c'est à Brazilia, et c'est pas loin d'être mon préféré, après celui-ci (ci-dessous) que j'ai photographié à Pereira, à l'UTP, en mai dernier, et que j'ai revu à l'identique à Bogota.
Voili, voilou.
mercredi 13 août 2008
Décryptage.
Photo prise à Bogota dans un hotel du quartier de la Candelaria, c'est-à-dire le joli quartier historique et touristique où on trouve les musées et deux églises par paté de maison.
Comment se fait-il que même en vivant en Colombie depuis sa naissance on ne sache pas que ce genre de choses existent (c'est la question de certains de mes jeunes lecteurs), et qu'on puisse refuser consciemment ou insconsciemment d'y croire ?
Á mon avis cette pancarte date... Vous remarquerez le papier jauni par le temps et les caractères d'impression fortement datés. D'autre part, les faux policiers, sont déguisés en policiers, par définition, pour qu'on ne reconnaisse pas que ce sont des voleurs, et ils ne vont pas s'amuser à faire la circulation en centre ville, et c'est d'ailleurs sans doute pour ça qu'on ne les voit pas (ils sont habillés en policiers, et ne travaillent pas comme des poiliciers). De plus ils s'interessent aux riches et aux touristes, pas à Monsieur Tout Le Monde... Ceci explique qu'il ne soit pas impossible qu'il se passe en Colombie des choses dont on ne sois pas au courant ou dont on ne se rende pas compte, non ?
D'autre part, une affiche, en direction de touristes, exagère forcément la situation sécuritaire, c'est le principe, et enfin, les affiches en général, qu'elles soient informatives ou publicitaires, servent aussi par leur caractère officiel, á diffamer, n'est-ce pas ? C'est justement ce qu'il y a de drôle dans cette affiche, et c'est la raison pour laquelle je l'ai photographiée.
Vous remarquerez également qu'en bas de la pancarte quelqu'un (certainement un touriste et pas un employé de l'hotel) a ajouté : "Be careful with the real police too!". Ce qui est un peu plus d'actualité, non ? Quand on voit comment les manifestants de l'UTP (Université Technologique de Pereira), en mai 2008, ont été durement et sanguinairement réprimés par les robocops, ninjas, rambos,... appellez-les comme vous voulez (brigades anti-émeutes colombiennes, en espagnol "Escuadrón Móvil Antidisturbios", techniquement "ESMAD", ci-dessous sur les photos), sans aucun recours possible, quand ils ont voulu protester contre l'annulation des élections dans leur université, et la supposée fraude lors de ces dernières, et la privatisation de leurs formations... Je ne crois pas que leurs blessés aient été dénoncés par les médias...
Personnellement je suis bien contente de ne jamais avoir eu affaire directement à eux, et le peu de leur méthodes dont j'ai été témoin m'a replongé douloureusement dans le souvenir désagréable de mes rencontres passées avec les CRS (brigades anti-emuetes à la française) autrement plus doux que la version colombienne...
Ci-dessus, quelques photos des tags et pochoirs effectués par les étudiants sur les murs de l'Université Technologique de Pereira, surnommée "la U". De haut en bas : "pour nos blessés du 7 mai... pas même une minute de silence" (date d'afrrontement avec les Robocops), " pour une U démocratique", "dans une société de mensonges, les cérités sont terroristes", "n'oublies pas ton sac à dos quand tu portes la cravate".
Voili, voilou.






























