Si une femme ne porte pas librement la burqa en France, il ne s'agit pas d'une atteinte à la liberté individuelle des citoyens par l'opinion publique, par l'Etat lui-même, ou par la bien pensance des intellectuels... mais bien d'une atteinte à liberté individuelle qui se traite dans la sphère privée : si une femme en France est opprimée, par son mari, sa religion, qu'on l'oblige à porter le voile, le tchador, la burqa (ou d'un autre ordre une mini-jupe, ou un string...), il y a ses proches, ses amis, des associations, la police, et des lois pour la protéger et lui venir en aide s'il elle en a besoin. Et c'est notre devoir et notre responsabilité de lui venir en aide si elle en a besoin.

Il y a l'école aussi pour lui enseigner les valeurs de la Démocratie, de l'Humanisme, de la République, lui faire savoir ses droits, ses devoirs, et ses libertés. Et là aussi c'est notre responsabilité de diffuser largement ces valeurs qui permettent à l'individu de s'épanouir librement dans une société où il se sent libre, et ou il peut tendre vers le plein épanouissement de cette liberté. Ce n'est pas comme s'il elle était né dans un pays où la Loi ne protège pas la liberté des individus (ceux auxquels fait référence l'appel d'Elisabeth Badinter), et où la culture aliène les individus, les conditionnant et habituant dès la naissance à vivre dans la maltraitance, l'oppression, et à renoncer à des libertés dont peut-être ne savent-ils même pas qu'elles existent ailleurs... Ces pays qui sont l'équivalent en matière de liberté du stade des ombres sur le mur dans l'Allégorie de la Caverne de Platon.

Tout n'est pas acceptable au nom de la religion. Et encore moins les violences physiques tel que excisions, circoncisions... Je dirais même qu¡imposer une religion à un enfant à sa naissance et qu'il grandisse enfermé dans cette religion est à mon sens d¡une violence sans nom, et devrait être interdit par le bon sens des parents qui veulent le bonheur et la construction en pleine conscience de leurs choix de leurs enfants.

Mais quand on juge choquant une burqa, ou qu'on la qualifie de termes péjoratifs (fantômes, etc...), on porte un jugement de valeur qui ne vaut ce qu'il vaut que du haut de notre propre culture. C'est un point de vue ethnocentrique, relatif à notre culture d'origine, et dépréciatif. Pourquoi pour appartenir à une nation devrions-nous tous nous vêtir à l'identique ? croire à l'identique (c'est à dire ne croire en rien, pour être "français", au nom du cartesiannisme et d'une laïcité que beaucoup confondent avec athéisme officiel) ? et pourquoi penser à l'identique tant que vous y êtes ?

Ce que je dis, ce n'est pas qu'il ne faut pas protéger les femmes que l'on oblige à porter la burqa au nom de la religion... mais que légiférer sur ce point, c'est créer une ségrégation (du même ordre que les lois ségrégationnistes contre les noirs aux USA ou Afrique du Sud, ou en Allemagne ou en France contre les juifs avant la Deuxième Guerre Mondiale). Ce serait en effet "liberticide". Après, le fait de porter la burqa ne donne pas le droit à une femme de ne pas être identifiable sur un document d'identité ou dans toute situation sociale qui exige qu'elle doive être reconnaissable : c'est à elle dans ce cas de faire une concession pour permettre le bon exercice des lois... ou si elle refuse de s'exclure du système, de la société. Encore une fois il s'agit de bon sens pratique. Rien de grave. La loi de la religion ne peut pas être supérieure à celle qui protège la liberté des individus. C'est ça la laïcité. En un aucun cas l'interdiction d'exprimer son appartenance à une religion.

Il y a aussi une différence entre porter un signe extérieure de religion (qui ne dérange personne en soi, pas plus qu'un piercing, un tatouage, une mini-jupe, un string qui dépasse d'un jean collant, un baggy, ou le fait d'être habillé tout en noir parce qu'on se dit Gothic ou Emo...), et le prosélitisme que l'on a raison d'interdire aux professeurs à l'école par exemple. Surtout quand le public est constitué d'enfants qui sont en pleine formation intellectuelle, en pleine construction personnelle, qui ne se sont pas encore auto-déterminé... évidemment toute forme de prosélitisme est un abus.

Mais encore une fois, ne pas imposer sa religion aux autres, et interdire qu'on le fasse, ne veut pas dire interdire de parler de religion, et ne pas parler de religion. C'est bien parce que l'on essaye d'interdire ce qui nous dérange que l'Autre ressent qu'il n'est pas respecté dans son être, dans son identité, dans ses opinions. Il n'y a que le dialogue, le partage, et l'ouverture qui puissent permettre d'éviter les extrémismes de toute sorte : laïcité extrémiste et intolérante, comme fondamentalisme religieux, racisme, ou que sais-je encore.

L'identité nationale de la France est ce que les français sont et veulent être, et sont libres d'être : elle est donc multiforme, et diverse, et c'est tout le sens de la laïcité, tolérance des religions, et non pas stigmatisation et exclusion de toute forme de religion. Autorisez la burqa... ou faites comme s'il n'y en avait pas, et comme si tout était normal, et vous verrez s'il y en a encore beaucoup qui en porteront en France !

Tout ce débat sur l'identité nationale, et les polémiques qui tournent autour, permet à ceux qui sentent que leur appartenance à la nation française remise en cause malgré la carte d'identié nationale qui l'atteste, de rappeler aux gens qui se croient dans la norme de l'identité française, qu'être "normal", quelque part, c'est ne pas être tout à fait "soi".

Car n'y a-t-il pas aussi une forme d'aliénation dans le concept de "République Française" auquel on s'identifie ? Les valeurs de la république n'ont-elles pas conduit à l'uniformisation culturelle et intelectuelle de la France par la disparition des langues régionales, et bien d'autres aspects à déplorer, depuis l'instauration de la IIIème République et la promulgation de la Loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat et de la France comme état laïque en 1905 ???

Rencontrer une femme qui porte la burqa en France, lui parler, ne voir que ses yeux, ou à peine... évidemment, c'est inhabituel, c'est étrange, cela interroge. Mais personnellement que je me pose c'est : "pourquoi cherche-t-elle à se cacher ? De quoi ? Du regard de qui ? Pourquoi ressent-elle ce besoin d'être identifé comme ça ?..." Et le problème devient individuel et d'ordre psychologique, ou idélogique, ou culturel... ou éventuellement dans le rapport de l'individu au collectif, de l'individu dans le collectif... En aucun cas, le port de la burqa ne doit être traité comme un problème exclusivement collectif et sociétal. C'est au cas par cas qu'il faut s'interroger.

Et s'interroger sur ce qui nous dérange chez l'autre, c'est toujours s'interroger sur ce qui ne va pas en nous, s'interroger sur nous-même. A chaque fois que je ressens un mouvement de répulsion envers autrui, je me demande pourquoi JE suis intolérante, pourquoi l'autre me dérange, et toujours je débusque un truc qui ne va pas chez moi, et qui mérite d'être étudié plus en profondeur, de prendre conscience de mes points faibles, de mes complexes, de mes peurs, de mes fonctionnements négatifs... dont évidemment je vais essayer de me libérer.

L'état français et ses citoyens peuvent se porter garant de la liberté d'autrui et de la leur parce qu'ils bénéficient d'un cortège de lois qui protègent les libertés fondamentales. Soyons vigilants aux dérives, même dans nos positions intelectuelles.

Vivre libre (ou mourir)(ou être déjà mort, sans le savoir). Voili, voilou.